TCHAD - 16 avril 2006 - par CHRISTOPHE BOISBOUVIER, POUR J.A.
Chad - April 16 2006 - J. A. Christopher Boisbouvier A.
Quel raid ! 800 km en trois jours. Quand il était rebelle lui-même, le colonel Déby Itno n’avait pas tant d’audace… « Je n’ai jamais vu ça », confie un officier français du dispositif Épervier. En bien ou en mal, la chevauchée des quelque cinquante véhicules du FUC (Front uni pour le changement démocratique) de Mahamat Nour restera dans les annales militaires.
What a raid! 500 miles in 3 days. When he was a rebel himself, Colonel Deby Itno was never so audacious... "I've never seen that," he confided to a French officer of the ?{Sparrow division}. For better or for worse, the ?assault some fifty vehicles of Mahamat Nour's FUC (The Front for Democratic Change) will take its place in the annals of military history.
Tout commence le 30 mars. Le chef d’état-major de l’armée de terre, le général Abakar Youssouf Itno, est tué au combat avec plusieurs officiers, à une centaine de kilomètres au sud d’Adré. Il était le neveu du chef de l’État. Le moral des troupes est atteint. Le 9 avril, Mahamat Nour lance sa grande offensive. Il n’attaque pas à Adré, comme le 18 décembre dernier. Trop de forces gouvernementales. Il contourne ce verrou par le Sud. L’une de ses colonnes s’empare de la ville de Goz-Bëida, non loin de la frontière soudanaise. Mais surtout, belle ruse de guerre, une autre de ses colonnes, composée d’une trentaine de véhicules tout au plus, n’hésite pas à passer clandestinement par le territoire centrafricain et part à l’assaut des villes du Salamat, Haraze-Mangueigne et Am Timan. L’effet de surprise est total. Les garnisons se débandent.
It began on March 30th. ?{Chief of the Defense Staff of ground forces}, General Abakar Youssouf Itno, is killed in combat with several officers, some 60 miles south of Adre. He was the nephew of the head of state. The morale of the troops is diminishing. On April 9th, Mahamat Nour launches his great offensive. He doesn't attack Adre, as he had last December 18th. Too many government forces. He tightens the lock down on the South. One of his columns heads toward the village of Goz-Beida, not far from the Sudanese border. But in a brilliant feint, another column of some thirty vehicles in all, ?immediately takes off secretly across the plains of central Africa and attacks the villages of Salamat, Haraze-Mangueigne and Am Timan. The surprise is total. The garrisons ?fall.
Coup de tonnerre dans le ciel tchadien. Le 11 avril, les deux colonnes rebelles font jonction et prennent Mongo, la capitale du Guéra, à 400 km à l’intérieur du territoire. Plus rien ne semble pouvoir arrêter les rebelles. La route de N’Djamena est ouverte.
The Chadian sky echoes with thunder. On April 11th, the two rebel columns converge and take Mongo, the capital of Guera, 250 miles from the border. It seems that nothing can stop the rebels. The way to N'Djamena is open.
Seule rencontre dans la matinée du 12 : à la hauteur de Ngama, un avion Mirage français tire un projectile à quelques centaines de mètres de la colonne. « Un coup de semonce », dit-on à Paris. La progression continue, irrésistible. Dourbali, puis Ligna, à seulement une trentaine de kilomètres de la capitale. À la tête des assaillants, un combattant aguerri, Mahamat Issa. Il a fait l’École de guerre à Paris. Face à lui, un homme tout aussi déterminé, Idriss Déby Itno. Il décide de rester au Palais. Hinda, sa nouvelle épouse, refuse d’évacuer. « On va se battre », dit-il à un interlocuteur le 12 au soir. Pas d’émotion perceptible dans sa voix.
The only encounter on the morning of the 12th: near Ngama, a French Mirage takes a shot a few hundred meters from the column. "A warning shot," Paris calls it. They move on, unstoppable. Dourbali, then Ligna, now just some twenty miles from the capital. Leading the charge, a hardened soldier, Mahamat Issa. He studied at the ?{War College} in Paris. Ready to face him, a man just as determined, Idriss Deby Itno. He decides to remain in the palace. Hinda, his new wife, refuses to evacuate. "We will fight," he says to an ?interviewer at midnight. There is no trace of emotion in his voice.
C’est à ce moment-là que commence la bataille de N’Djamena. L’armée tchadienne contre-attaque à Ligna. Les rebelles subissent des pertes, mais n’abandonnent pas la partie. Le 13 à l’aube, leur avant-garde arrive devant l’Assemblée nationale, à l’entrée est de la capitale. Nouveaux combats. Les N’Djaménois sont réveillés par le canon. Panique en ville. Vers 7 heures du matin, l’armée prend le dessus. Plusieurs morts dans les rangs du FUC. Quelques véhicules détruits. Le président tchadien se rend sur place. À 8 h 30 locales, il annonce d’une voix métallique sur RFI : « La situation est sous contrôle. »
It is at this moment that the battle of N'Djamena begins. The Chadian army counter attacks in Ligna. The rebels suffer losses, but do not forsake their mission. At dawn on the 13th, their lead contingent arrives before the ?{National Assembly}, the entrance to the capital. More combat. The people of N'Djamena awake to cannonfire. Panic in the city. Around 7 in the morning, the army takes the upper hand. More deaths in the ranks of the FUC. Some vehicles are destroyed. The president ??{se rend sur place}. At 8:30 local time, he announces in a tinny voice on the RFI: "The situation is under control."
Certes. Mais, on retient de ce raid éclair que les rebelles de Mahamat Nour ont fait preuve d’une audace incroyable. L’explication est sans doute sur leur site Internet. Ils s’affichent avec armes et uniformes tout neufs. Ils portent même des gilets pare-balles. Leur parc de 4x4 est impressionnant. Plusieurs centaines de véhicules. Bref, les amitiés soudanaises sont précieuses.
Clearly. But, the raid is clear evidence that Mahamat Nour's rebels have established themselves to be unbelievably daring. Surely they've already described it on their web site. They're equipped with brand new weapons and uniforms. They're even wearing bulletproof vests. Their ?selection of four-by-fours is impressive. Several hundred vehicles. It's obvious that friendships with the Sudanese have their benefits.
Le problème, c’est que les lignes de communication se distendent sur 800 km. Combien de rebelles se sont repliés à l’est de N’Djamena après les batailles du 12 et du 13 avril ? Combien de temps vont-ils tenir aussi loin de leurs bases ? « Leur stratégie est suicidaire », affirme Idriss Déby Itno. « C’est un dérapage stratégique », dit de son côté Timane Erdimi, l’un des chefs rebelles du Scud. « On ne peut pas quitter la frontière soudanaise sans être soutenu par sa base arrière et foncer tout droit sur N’Djamena. » Pour une fois que les deux frères ennemis zaghawas sont d’accord…
But the problem is that the lines of communication stretch over 500 miles. How many rebels were ?stationed to the east of N'Djamena after the battles on the 12th and the 13th of April? ?{How long would they remain that far from their bases?} "Their strategy is suicidal," affirms Idriss Deby Itno. "It's a strategic ??dérapage," replies Timane Erdimi, one of the rebel chiefs of ?Scud. "You can't cross the Sudanese frontier without support behind you and just go charging into N'Djamena."
Pour autant, le chef de l’État tchadien n’a pas de quoi triompher. Certes, dans cet affrontement, il a montré sang-froid et savoir-faire. Après quelques heures d’hésitation dans la soirée du 11, il a décidé de ne pas dégarnir le front de l’Est pour renforcer la défense de la capitale. Une stratégie risquée, mais payante. Il a sauvé à la fois Adré et N’Djamena. Mais pour combien de temps ?
For now, the Chadien chief of state has nothing to be feeling triumphant about. It's true that he handled this confrontation with a steel will and skill. After a few hours of hesitation on the night of the 11th, he decided not to call in his eastern front to reinforce the capital's defenses. A risky strategy, but it paid off. In one move he saved Adre and N'Djamena. But for how long?
Après le rezzou de Mahamat Nour, l’armée tchadienne paraît bien mal en point. Elle tient deux places fortes, à l’Est et à l’Ouest. Mais sur le reste du territoire, rien ou presque. La preuve, cette déferlante rebelle sur le Salamat, le Guéra et le Chari Baguirmi. La défection des frères Erdimi en octobre 2005 a coûté très cher au régime. Idriss Déby Itno a gagné une bataille, qui aurait fait près de 400 morts, selon N’Djamena. La guerre, c’est autre chose…
After the ??rezzou of Mahamat Nour, the Chadian army seemed ?{bien mal en point/poorly prepared}. It has two fortified bases, in the east and the west. But in the rest of the country, nothing. The proof, this ??déferlante rebellion on ?? The defection of the Erdimi brothers in October of 2005 has turned out to be very costly to the regime. Idriss Deby Itno has won a battle, which resulted in 400 deaths, according to N'Djamena. The war, that's something else. J.A. Christophe Boisbouvier A.